Le Sun City, 2 800 m² de sauna gay inaugurés en mars 2010 en bas des pentes de la Croix-Rousse, a fermé. L'United Café, ses soirées électro et ses afterworks, aussi. Le Chupa Bar, le Cap Opéra, le Premier Sous-Sol, Le Marais, L'Impérial, ex-Crazy, Le Men Club, sex-club du 4e arrondissement, et La Ruche, rue Gentil, ont tous disparu. En vingt ans, au moins huit établissements ouvertement LGBT+ ont cessé leur activité à Lyon.
Le Men Club, installé depuis douze ans au 2 cours d'Herbouville, a fermé fin mai 2017, contraint de quitter ses locaux par le propriétaire.
L'Impérial, discothèque de 900 m² lancée en décembre 2015 dans l'ancien Crazy de la rue Royale, n'a pas survécu à la décennie. La discothèque lesbienne Le Marais, rue Terme, a changé de mains en février 2017 avant de s'éteindre. Le Medley, boîte mythique de la nuit gay lyonnaise, a fermé au début des années 2000.
Le Lugdunum Bar, ouvert place des Cordeliers en juin 2010, n'est plus non plus. La Ruche, l'un des plus anciens bars gay de la ville, ouvert en 1994, est fermée.
Causes. Les applications de rencontre d'abord. Dans sa tribune du 11 mars 2026, l'écrivain Erik Rémès, dans Libération, décrit une communauté qui « se scrolle » davantage qu'elle ne se rencontre : les applications ont remplacé le comptoir, les soirées se privatisent. La fréquentation des bars en pâtit directement.
Les jeunes ne sortent plus dans le milieu gay. Les nouvelles générations n'ont pas connu les bars comme lieux d'émancipation et de rencontre. Nées avec les applications, elles se retrouvent ailleurs : soirées privées, collectifs, festivals. Les établissements vieillissent avec leur clientèle historique, sans renouvellement. Le constat vaut pour toute la nuit française, pas seulement pour les lieux LGBT+.
Le pouvoir d'achat pèse aussi. Les consommations en bar ont augmenté ces dernières années, dans un contexte d'inflation. Sortir régulièrement coûte plus cher : verres, entrées, transports de nuit. Une clientèle aux budgets serrés réduit ses sorties, et les établissements les plus fragiles ferment les premiers.
Les loyers et l'immobilier ensuite. À Paris, La Mutinerie, lieu lesbien historique, a alerté sur sa situation économique.
À Berlin, le SchwuZ, plus ancien club gay de la ville, a fermé en octobre 2025. La pression immobilière pousse les établissements vers des projets plus rentables.
Les conflits de voisinage autour des nuisances sonores pèsent aussi sur les établissements de nuit.
Face à ces fermetures, les ouvertures se comptent sur les doigts d'une main. Restent le L Bar, rue du Garet, seul bar lesbien de la ville, La Chapelle Café, quai des Célestins, et Livestation DIY, rue de Bonald. Wilfried Carbonell, qui a repris en 2025 la gestion du XS BAR au centre de Lyon, incarne cette nouvelle génération d'exploitants confrontés à la fragilité du secteur.
La tribune de Rémès conclut : ces lieux ne sont pas de simples commerces, ce sont des refuges et des lieux de visibilité. Leur disparition ne se mesure pas seulement en mètres carrés.
Puis nous n'avons pas évoqué le bar du centre, la station B, la petite taverne, le milord... Triste constat.